NOUVEL EP

Thanks to the World

 

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Nathalie Soles (prononcer [sol’s])

C’est une longue dame brune, c’est une liane tropicale.
C’est une présence incontournable, fascinante, une grande sauterelle à la toison bouclée et à l’œil espiègle, en coin, le rire toujours au bord des lèvres. Ce premier choc visuel encaissé, cette métisse improbable (sang-mêlée d’Italienne et de Togolais élevée au Maroc) au muscle étiré, ouvre calmement une bouche immense. Elle parle.
Survient alors le deuxième traumatisme solesien : cette voix grave et chaude s’impose d’un coup, troublante, tout à fait magnétique. Elle vous enveloppe amicalement, comme un manteau de peau.
Elle chante aussi ? Si, si.
Chanteuse, Nathalie Soles possède en sus majeur une clef bien utile pour ouvrir les portes du paradis des vocalistes. Pas simplement une clef de Sol, pas seulement la clef d’un large coffre qu’elle ouvre de toute façon, sans forcer et à qui veut bien l’entendre… Non, miss Soles possède en fond de gorge assez d’octaves pour, en montant ou descendant les étages telle la gazelle Dorcade les contreforts de l’Atlas, faire fondre cœurs et âmes. Quatre octaves et demie ! Mazette !

Et pour quoi faire ? : une musique panoramique, classieuse, imprégnée de jazz et de soul (Nathalie Soul), relevée d’épices orientales, latines ou africaines.
Notre liane tropicale aime en effet à s’enrouler sur des tapis de percussions. Entourée d’un trio ou d’un quartet de hard boppers, elle a aussi passé ces 20 dernières années à napper de ses vocalises façon Sarah Vaughan le meilleur du Real Book, un répertoire intemporel au swing de velours. Le jazz pur, pratiqué sans filet de clubs interlopes en lounges avachis, fût donc sa première école. Mais on le sait bien, chassez le naturel et il revient au galop. Or la nature profonde de Nathalie Soles, c’est le bonheur, la tendresse, le rythme, les épices et le soleil même en hiver. Pour faire passer un blues tout en poisse rauque, celui de ses années laborieuses, ses années dilettantes, elle vous sert illico, les reins cambrés, trois grooveries sur conga, un piano qui riffe sur le feu nourri de la darbouka et qu’elle survole de youyous sauvages. Puis elle vous emballe d’une ballade créole inattendue, bouclant là en musique l’ancien périple du terrible « trafic de l’ébène », de l’Afrique aux Amériques via la Caraïbe.

Nathalie Soles a notamment vécu aux USA. Elle en a gardé un sens du spectacle ajusté en quelques tournées dans la troupe « Voices in the dark ». Elle y a également adopté un accent de déracinée authentique dans la langue originelle de ce jazz qu’elle aime tant : l’Anglais. C’est là un autre de ses charmes. Pour son nouveau répertoire essentiellement constitué de compositions personnelles (paroles et musique) ou taillées sur mesure pour elle, plus quelques références à Cole Porter, Johnny Mandel, Michel Legrand ou Luiz Bonfa, la Soles passe ainsi du Français au Créole, de l’Arabe à l’Anglais, ne dédaignant pas à l’occasion quelques phrasés hispaniques pour épicer sa salsa. Citoyenne du monde… Nathalie Soles : une artiste multilingue un peu dingue, rompue aux voyages, parée pour les vols long-courriers, pour l’international, classe affaires.

« Des graves maternels, des médiums sensuels et des aigus presque enfantins » (Jazz Magazine -2007). De fait, de haut en bas, gamine, séductrice ou mère, entre jazz, world et soul, le chant et la musique de Nathalie Soles embrassent toute la vie d’une femme, la vie d’une longue dame brune.

Robert Lapassade, Journaliste

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